Encore ! 1983-1987 / Calamités (Les)

CD

Calamités (Les) | Dogs | Barracudas (The)

Edité par L'Autre Distribution. Montlouis sur Loire - 2022

'Je me rappelle parfaitement le jour où j'ai découvert le single entêtant 'Toutes les nuits' sur les ondes d'Europe 1, dans l'émission de Maneval. Je sautai sur mon magnétophone pour en enregistrer un extrait que j'ai écouté en boucle, et ce jusqu'à ce que je me procure l'album 'A bride abattue', chez New Rose. Cet album était absolument tout ce qui me plaisait. Des compos géniales, urgentes et bien troussées. Des textes fins et malicieux, un son lo-fi spectorien comme dans les sixties avec des voix angéliques et tout plein d'harmonies. Sur la pochette, un girl group d'étudiantes en jupes serrées, queues de cheval et escarpins, qui balançaient leurs titres avec l'air de ne pas y toucher. Odile et Isabelle à la guitare, Caroline à la basse et Mike à la batterie. Une succession de tubes imparables : 'Toutes les nuits', 'Malhabile', 'Le supermarché', 'Nicolas', l'émouvant 'Behind your sunglasses', mais aussi des reprises parfaites: 'Teach me how to shimmy', 'With a boy like you', 'The kids are alright', 'You can't sit down'. Que des perles. L'insouciance, le charme, l'innocence de cet album merveilleux a illuminé le début de mes eighties. Et je l'écoute encore.' Étienne Daho. Serait-ce rendre justice aux Calamités que de tordre enfin le cou à cet embarrassant ensemble de mots, 'groupe de filles' qui leur colle à la peau et à la jupe plissée ? Ce nuage parfumé empêche en effet de les considérer tout simplement à leur juste valeur de 'groupe' tout court, et de réfléchir à leur hallucinante et brève trajectoire. En quelques mois à parcourir des scènes, en une poignée de chansons originales enregistrées à droite et à gauche, elles sont devenues de Dijon à Rouen, de Paris à Toulouse, de Bordeaux à Strasbourg, les coqueluches d'une scène exigeante de rockers intransigeants. Tolérées peut-être, adoubées aussi, si besoin était. Leur monnaie d'échange, c'était des couplets-refrains originaux et rapides, pour lesquels les adjectifs 'frais' et 'léger' semblaient ré-inventés. Il y avait aussi, à parts égales, quelques reprises, qui donnaient une idée des racines de leur songwriting, à savoir un pied dans les années 50 (sur la piste de danse), l'autre dans les années soixante (dans le garage). Jusqu'à leur incursion finale réussie dans les sommets des ventes avec un succès populaire que tout le monde, des campings des bords de mer aux branchés de la capitale, pouvait fredonner à l'aise. Tout ce que les Calamités ont touché avec classe, rigueur, désinvolture, ce qu'il faut de distance amusée, s'est transformé en or. Pas de mystères, si peu de drames, le groupe a filé comme un météore et laissé peu de temps à son public pour réaliser l'importance de ces hymnes miniatures à trois voix, dans un style tenant à la fois d'une arrogante innocence et d'une insolente facilité. Ne jouant aucune des cartes attribuées d'office aux filles (attitudes sexy, lieux communs féministes, groupisme dilettante...), elles ont synthétisé un esprit pop adolescent avec une énergie rock'n'roll décomplexée. Trop myope pour le reconnaître, trop jalouse pour se l'avouer, un peu misogyne aussi pour l'écrire sur toutes les couvertures des magazines, la presse musicale d'ici préféra garder ce petit secret au chaud jusqu'à aujourd'hui encore, en évoquant à leur propos les mêmes images, en boucle : les bonnes copines, les grandes sœurs, les cousines sympas et blablabla. Mais les Calamités avaient à la fois ce train de retard - un certain classicisme années 50-60 - et cette petite avance sur les autres : leur talent d'écriture et leurs mots en français. C'était pourtant facile à comprendre. Mais quand le pays s'en aperçut, c'est vrai, elles avaient pris la poudre d'escampette. Elles n'étaient déjà plus là. Elles étaient ailleurs. Que reste-t-il des Calamités en 2021 ? Une quinzaine d'enregistrements, déjà réédités il y a vingt ans (sur le label Last Call, affilié à la maison mère New Rose), une dizaine de passages télévisés qui flottent à droite à gauche sur les plateformes de vidéo, un site de fan complet, mais désormais débranché (Calamiteux) puis des textes d'historiens et de critiques amateurs qui resservent désespérément la même notice biographique, comme on se raconte sans fin la bonne histoire, bien cadrée : le groupe de filles super sympas qui annonçaient… Qui annonçaient quoi, au fait ? On ne sait pas trop finalement, Les Calamités restant une sorte d'anomalie, géographique, temporelle et mentale : elles ne revendiquaient rien, n'attendaient rien de personne et surtout elles s'amusaient, dans une sorte d'amateurisme clairvoyant complètement assumé qui brisait allègrement les plafonds de verre qui se présentaient à elles. Sans effort apparent, les Calamités touchaient profondément ceux qui croisaient leur route par ce talent naturel à écrire une poignée de bonnes chansons qui sont devenues des classiques. Et ça, ce n'est pas donné à tout le monde.

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1 -- Je suis une calamité
2 -- Toutes les nuits
3 -- Kids are all right (The)
4 -- Supermarché (Le)
5 -- Behind your sunglasses
6 -- Pas la peine
7 -- Garçon de New-York (Le)
8 -- You can't sit down
9 -- Malhabile
10 -- With a boy like you
11 -- Nicolas
12 -- Teach me how to shimmy
13 -- Boy from New York city
14 -- C'est embêtant
15 -- Vélomoteur
16 -- J'en ferais bien mon quatre-heure
17 -- Down at lulu's
18 -- Down in the boondocks

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